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31/12/2013

Chers disparus de Claude Pujade-Renaud

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Faire parler les morts n'appartient plus au domaine de l'imposture quand il s'agit d'une oeuvre de fiction comme celle de Mme Claude Pujade-Renaud, qui s'est mise dans la peau de cinq veuves d'écrivains du XIXe siècle.

Celle qui fut l'épouse de Daniel Zimmermann sait de quoi elle parle quand elle énumère les joies et les souffrances vécues par les compagnes d'homme de lettres, qui doivent s'incliner devant la passion dévorante de leur mari sous peine de les perdre de leur vivant. Et chacune rêve ou a rêvé d'empêcher l'autre d'écrire, et ensuite, croit qu'elle a hérité de son talent.


Sans scrupules, Madame Jules Renard expurgea le Journal de son mari de nombreux passages où elle était épinglée pour l'éternité. Incapable de tenir un stylo, elle a pris les ciseaux, ne supportant pas que son diariste d'époux ait transformé sa légendaire misogynie en littérature de haut lignage. La muse ne supportait pas non plus que les enfants meurent alors que les livres ne sont qu'oubliés. Pour se venger, elle sabota certaines rancunes du solitaire. Mme Pujade-Renaud s'est fort bien identifiée à Mariette Renard dont les propos sont plus vrais que nature, surtout quand elle avoue avoir sa «peur de poursuivre la lecture» des papiers du disparu.


Il est fréquent que l'as de coeur se transforme en censeur, privant les lecteurs de pages d'anthologie. Pour sa part, Marguerite Moreno effectua quelques coupes sombres dans l'oeuvre de Marcel Schwob. Il est vrai que la comédienne écrivit elle-même Souvenirs de ma vie avec beaucoup de brio. LA Moreno, cette reine des planches au physique de concierge, fut néanmoins respectueuse de l'auteur du Livre de Monelle parce qu'elle avait déjà fréquenté l'esprit chez ses amis Verlaine, Jarry, Mallarmé et Claudel auxquels elle tint la dragée haute.


220px-Robert_Louis_Stevenson_Knox_Series.jpgMme Claude Pujade-Renaud est très à l'aise dans son numéro de prestidigitation où elle passe d'une épouse à l'autre en utilisant cinq «je» totalement autonomes avec, à chaque fois, une voix originale. Cependant, il y a des liens visibles entre les vies restituées puisque Renard connaissait Schwob, qui était lié à Robert Louis Stevenson. Pour la femme de celui-ci, être la dédicataire des oeuvres complètes ne la consolera jamais de la perte d'un petit garçon. Fanny Stevenson analyse plusieurs aspects de la personnalité de son mari, l'auteur de L'Etrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde qui aimait jouer à la roulette russe avec la Camarde, sachant qu'il n'aurait pas le dernier mot.


L'existence de Mme Michelet ne fut pas rose tous les jours.

 

Effet de la différence d'âge ? Vingt-huit ans la séparaient du célèbre historien. Elle admettait mal d'être toujours appelée Madame Jules Michelet et jamais dénommée par son prénom Athénaïs trop difficile à retenir. Ses confidences à son sujet valent le détour. Nos jeunes filles qui se promènent le nombril à l'air peuvent aller se rhabiller face aux fantasmes du couple. D'après l'auteur, le visage austère de Jules Michelet était le masque d'un fieffé libertin.


A la mort de Jack London, sa femme s'inquiète : suicide ou overdose de morphine ? Ce qui revient au69032.jpg même. La dénommée Charmian n'a plus que les yeux pour pleurer et deux filles pour sécher ses larmes. Elle n'arrive pas à comprendre qu'elle ne verra plus celui qui s'imposait de rédiger au moins mille mots par jour. En Californie, le reste de l'emploi du temps de l'Américain était rempli par le sport. Mme London a l'impression que la Remington n° 7 a rendu l'âme elle aussi. L'esseulée trompa ses insomnies en écrivant des bluettes. Qui s'en souvient ?


Mme Pujade-Renaud communique le plaisir qu'elle a eu à écrire ce livre, avec un constant souci de maintenir en éveil l'attention de son lecteur. Si nous étions en voiture, nous serions plus ravis de sa manière de conduire et du confort des sièges que touchés par la beauté des paysages traversés.

18:02 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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