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31/12/2013

Quand Paris rêve de finance internationale

Talonner la City de Londres; Les professionnels français l'envisagent. Mais cela suppose d'énormes changements fiscaux et réglementaires.
La place financière de Paris parviendra-t-elle un jour au niveau de la City de Londres ? Cette interrogation suscite l'amusement chez les Anglais, tant l'avance de la capitale britannique dans les métiers de la finance demeure patente. Mais elle agite néanmoins suffisamment les professionnels établis à Paris pour mériter d'y regarder de plus près. Par défaut, la place de Paris se mobilise en réalité pour un autre trophée : être durablement la première place financière d'Europe continentale, derrière la capitale britannique, certes, mais devant l'Allemagne, pourtant dotée de sa puissante base financière située à Francfort, où siège au demeurant la Banque centrale européenne. Les chiffres montrent que c'est déjà le cas. Mais il faudra batailler dur pour verrouiller cette position.


Au-delà des querelles d'ego in-contournables dans un domaine aussi sensible, les enjeux économiques et politiques sont de taille. Des centaines de milliers d'emplois sont concernés (l'Ile-de-France emploie déjà 150 000 personnes dans les métiers de la finance). La France joue en outre sa capacité à pérenniser des enseignements et des emplois de très hauts niveaux, des atouts majeurs dans la compétition mondiale. La finance, comme pilier du développement durable, pourquoi pas ? D'ailleurs, Bertrand Delanoë, le maire de Paris, s'est emparé du sujet en proposant le 30 septembre dernier, lors d'un colloque organisé par l'association Paris Europlace et par le Cercle des économistes, de faire de la capitale un gigantesque pôle de compétitivité.


Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Pour devenir réellement compétitive, la place financière de Paris doit surmonter les mêmes handicaps que ceux qui taraudent l'économie nationale. Bourse et économie : même combat. Il ne peut, en effet, y avoir de finance prospère sans économie prospère. Ce qui suppose d'agir dans deux directions : améliorer la compétitivité nationale et renforcer les atouts technologiques et réglementaires propres au fonctionnement de la place de Paris. Côté handicaps, la liste est connue, comme le souligne l'étude que viennent de publier Michel Didier (Cercle des économistes) et Michel Martinez (Rexecode). Citons-en trois :

- La fiscalité est jugée trop pénalisante du fait d'une assiette déséquilibrée et de taux d'imposition trop concentrés et trop élevés.


- La courbe démographique crée un fâcheux déséquilibre entre une offre d'épargne très abondante (proportionnelle au vieillissement de la population) et des opportunités d'investissements productifs insuffisants (en partie pour les mêmes raisons).

- Le déplacement du centre de gravité financier de la planète vers les Etats-Unis et surtout l'Asie, où se dessine la croissance de demain face à une Europe parvenue économiquement à maturité.


De sorte que, souligne cette étude, «Paris présente des faiblesses dans le domaine de la banque d'affaires, le marché des changes et l'analyse financière. Il y a environ deux fois plus de sociétés cotées à Londres qu'à Paris et 25% de plus à Paris qu'à Francfort». En contrepartie, «la place de Paris dispose également de domaines où elle est forte et a su se montrer dynamique et conquérante au cours des an-nées récentes». Et de citer la réussite de la société Euronext, société privée cotée en Bourse et dirigée par Jean-François Théodore, qui coiffe désormais les Bourses de Paris, d'Amsterdam, de Bruxelles et de Lisbonne, ainsi que le Liffe (marché des instruments à terme de la place de Londres, racheté fin 2001). A la fin 2003, Euronext représentait une capitalisation boursière de 1 358 milliards de dollars, loin derrière le New York Stock Exchange (Nyse : 11 329 milliards), à une grosse encablure de Londres (2 426 milliards), mais devant Francfort (1 079 milliards). Par métiers, Paris défend aussi ses positions, par exemple dans la gestion collective d'actifs (n° 1 européen) et la gestion de la dette des entreprises.


Pourquoi ces précisions ? La finance illustre à merveille le potentiel de croissance qui dort en France. Là où les acteurs de la finance internationale ont les coudées franches, où leur spécialisation est reconnue jusqu'à New York ou Tokyo, les équipes parisiennes remportent des médailles. Et ce n'est pas un hasard si la grande banque asiatique HSBC, qui a racheté récemment le CCF, a localisé dans la capitale française son centre de formation pour cadres à haut potentiel. Mais la lourdeur de l'environnement fiscal et réglementaire entretient l'évaporation des métiers et des talents. Au point que le risque existe que Paris, pourtant très motivé à devenir n° 1 européen - servi en cela par son appartenance à la zone euro, ce qui n'est pas (encore) le cas de Londres -, ne reste qu'une place de second rang dans la plupart des métiers. Au prix de déperditions d'emplois, de valeur ajoutée, voire de baisse du prix de l'immobilier irréparables. L'étude avertit : «Si l'Europe était appelée à ressembler de plus en plus à un espace national avec une même monnaie, une même législation, une même fiscalité, on devrait en toute logique assister à l'apparition de forces d'agglomération vers une place financière principale, sinon unique, rassemblant les activités et les formes financières européennes. Comme au XIXe siècle, dans chaque pays pourraient subsister des places financières secondaires, appelées à s'effacer dans le long terme, parmi lesquelles figurerait Paris. Il faut avoir à l'esprit ce scénario, car les forces d'agglomération sont déjà à l'oeuvre et tout terrain perdu est difficile à rattraper.» En clair, notre économie n'aurait pas les moyens d'ajouter à la perte de ses parts de marché commerciales un recul de ses compétences financières. Quand et les marchandises et l'argent se dérobent, il risque de ne plus rester grand-chose pour payer les fins de mois.

16:42 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

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