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11/09/2012

Voyage à Bangor de William Olivier Desmond

William Olivier Desmond.jpg

William Olivier Desmond n'est pas un inconnu de nos services. Roulant à moto, portant blouson, le cheveu poivre et sel assez long, il a, au registre de ses méfaits, traduit (presque) tout Stephen King. Il enseigne aussi l'anglais en fac, où, il y a une demi-douzaine d'années, au lieu de donner en sujet d'agrégation quelque facétie scolastique sur l'élaboration de Finnegans Wake, il proposa «L'Apparition du mal chez Stephen King». On juge l'individu. La question n'était pas si sotte, puisque le mal chez l'auteur du Fléau et de Rose Madder, s'annonce toujours, non par les ténèbres, mais par une lumière.


Aujourd'hui, M. Desmond va plus loin. Il publie un roman chez José Corti dont la devise est toujours «rien de commun». Dans la collection Merveilleux où l'on trouvait naguère Tout Alice, de Lewis Carroll traduit par Henri Parisot, et ces temps derniers, Daniel Defoe, Bram Stocker, Jules Verne ou Alfred Kubin. C'est dire l'auguste compagnie.


voyage libre.jpgWilliam Olivier Desmond s'y lance dans une curieuse aventure avec un stylo et une Harley-Davidson. Une randonnée entre Boston et Bangor, au pays de King. Dont le nom n'est jamais prononcé. Or, le pays du Maître sans nom, comme celui de la susnommée Alice, ne répond à aucune géographie. Son Etat du Maine est plus un itinéraire du mal qu'une vraie carte routière. On va donc croiser avec notre chevaucheur de Harley (King en posséda une longtemps), Derry, la ville de l'horreur de Ça, Castle Rock, celle des premiers romans et de Bazaar où le diable tient étal (une visite s'imposait), le chien de Cujo, les crapauds carnivores de La Saison des pluies, et les sinistres Langoliers qui font le ménage dans le passé et l'espace-temps.


Desmond, malicieusement, transporte dans ce Maine, l'entonnoir de l'Enfer de Dante et son Purgatoire. Il a pour guide d'abord Ambrose Bierce, maître de la nouvelle cruelle, livrant au passage la vérité sur sa disparition non élucidée durant la révolution mexicaine, puis notre Cyrano de Bergerac, précurseur de la science-fiction avec ses Etats et Empires du Soleil.


On mesure à quel jeu fictionnel se livre Desmond, pour le plaisir. Car, ayant traduit bien des romans du Maître, sa plume prend le ton King (ne négligeant pas au passage ses imperfections qu'on met souvent sur le compte de... la traduction) pour nous conter la quête d'un carnet perdu par le Maître et qui renferme des notes pour un roman qui serait sans doute celui qu'on lit et qu'il n'écrira pas.


Une manière de vertige nous saisit en plein divertissement. Desmond a-t-il traduit en douce un inédit du maître de Bangor ou bien, en universitaire las du ressassement, a-t-il voulu nous montrer que le voyage est possible en toute oeuvre qui crée son propre monde ? Il suffit de vouloir y pénétrer. Merci pour la balade et la Harley, M. Desmond.

18:09 Publié dans Economie, Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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