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31/12/2013

Effet de serre ou effet d'annonce ?

Prévisions catastrophiques ou réalité ? Ces questions ne se posent plus aujourd'hui : la surface de la Terre se réchauffe, c'est vrai, son climat change, presque imperceptiblement mais sûrement. Heureusement, pour éviter le pire, il est encore temps de réagir.


Le temps change... Et vous ?

 

C'est sur cette question que s'ouvre le Forum international de la météo. C'est un phénomène naturel, fondamental, qui existe depuis toujours et continuera à exister. Mais il y a un autre volet : c'est la façon dont le temps se comporte en moyenne qu'on peut évaluer, par exemple, en mesurant la température moyenne pour l'ensemble de la planète au cours d'une année. Là encore, les choses peuvent varier d'une année à l'autre. Mais ce que l'on constate aujourd'hui, c'est un changement des paramètres qui caractérisent, non pas le temps qu'il fait, mais le climat.



Le constat, aujourd'hui, c'est que la température moyenne augmente à la surface de la planète. Ce qui ne signifie pas que nous allons pouvoir, d'ici à quelques années, endosser la chemise hawaïenne en plein hiver : au cours du XXe siècle, la température moyenne mondiale a augmenté de 0,4 °C à 0,8 °C. C'est peu ?

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Les experts, ce sont ceux du Giec (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat), plus connu de façon internationale sous le nom de Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC).


C'est à la demande du G7 - le sommet annuel des sept plus grandes nations industrielles, dont la France - que l'Organisation météorologique mondiale et le programme des Nations unies pour l'environnement ont créé cette haute autorité chargée de rassembler et d'analyser toutes les informations scientifiques, techniques et socioéconomiques liées au changement climatique dû à l'activité humaine. Car si la Terre a déjà connu de grands bouleversements climatiques, bien avant même l'apparition de l'homme, c'est bien d'activité humaine qu'il s'agit aujourd'hui. Même si quelques francs-tireurs s'acharnent à nier le fameux effet de serre et ses conséquences, la communauté scientifique sérieuse, loin de toute polémique «écolo», constate son accélération. Sans effet de serre, pas de problème : la vie n'existerait même pas sur Terre. C'est ce phénomène grâce auquel l'atmosphère de notre planète retient captive une partie du rayonnement qu'elle reçoit du soleil. Les gaz à effet de serre, gaz carbonique (CO2) en tête, sont donc indispensables. Tout se complique, pourtant, lorsqu'ils augmentent de façon incontrôlable : ces gaz retiennent alors beaucoup trop le rayonnement solaire, et la température s'élève. C'est bien ce qui se produit depuis la naissance de notre civilisation industrielle au XIXe siècle. La courbe du CO2, relativement tranquille, s'envole brusquement avec l'utilisation des combustibles fossiles.


Déjà de nombreux indices inquiétants



L'émission des autres gaz à effet de serre, méthane, peroxyde d'azote, et même des substituts des CFC augmente aussi dangereusement, contribuant à l'accélération. «Ce qui m'inquiète le plus, confie Michel Petit, c'est la durée de vie du gaz carbonique dans l'atmosphère.

Même si nous diminuons considérablement nos émissions de CO2, vers 2030, sa concentration continuera à croître après le maximum que nous aurons atteint, avant d'atteindre sa stabilité. Il faut s'attendre au doublement de cette concentration à la fin du siècle. D'autant plus que l'Inde et surtout la Chine, avec le modèle occidental qui est celui d'un développement «pas durable», risquent de contribuer largement aux émissions dans un proche avenir...» Et qui dit augmentation de cette concentration dit aussi élévation de la température. C'est un problème majeur pour l'humanité puisque 80% de notre énergie actuelle est produite par les combustibles fossiles et que la décennie 90 a sans doute été la plus chaude depuis 1861. Jamais, depuis le début du deuxième millénaire, l'hémisphère Nord n'a connu un réchauffement comparable à celui qui s'est produit au cours du XXe siècle. Le climat change donc, et les indices du Giec ne manquent pas, même si, séparément, certaines variations peuvent a priori paraître anecdotiques : l'élévation du niveau des mers, par exemple, à cause de la dilatation des eaux de surface.

Grâce aux mesures incroyablement fines du programme satellite franco-américain Topex/Poséidon (qui associe le Cnes français et la Nasa américaine), ce niveau est sous haute surveillance. Les observations ont déjà permis de constater qu'il s'est élevé de 1 à 2 millimètres par an en moyenne au cours du XXe siècle. Ce qui représente tout de même 10 à 20 centimètres ! Le programme Jason va permettre d'affiner ces études.



Si, pendant ces dernières décennies, la régression impressionnante des glaciers non polaires, la diminution de 40% de l'épaisseur de la glace marine arctique (de la fin de l'été jusqu'au début de l'automne), l'augmentation de la fréquence et de l'intensité d'El Niño au cours de ces vingt ou trente dernières années par rapport au siècle écoulé, ne nous sont guère perceptibles, il nous est facile de constater d'autres phénomènes plus proches de nous : la floraison est plus précoce, tout comme le retour des insectes ou des oiseaux migrateurs.

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Plusieurs espèces de ces derniers renoncent d'ailleurs tout simplement au voyage et préfèrent passer l'hiver sous nos latitudes et se reproduisent aussi désormais plus tôt. «Parallèlement à cette croissance des températures, commente Michel Petit, il faut s'attendre aussi à une augmentation de la pluviosité (la mer se réchauffant, l'évaporation sera plus intense) et, par conséquent, de la fréquence des inondations. Ce qui risque de changer vraiment, c'est la répartition des phénomènes :

les régions du Nord, par exemple, connaîtront davantage de précipitations alors que le Bassin méditerranéen ou la Chine verront leur pluviosité baisser. On pourra peut-être voir, aussi, un déplacement des événements extrêmes, comme les ouragans, vers des régions habituellement épargnées.» Il va sans dire que de tels changements ne seront pas anodins : agriculture bouleversée, écosystèmes divers et donc biodiversité en péril, désertification des campagnes, diminution des ressources en eau qui s'accompagnera d'un développement des maladies infectieuses, migration de virus et de bactéries, etc.


Alors, à la question : «Le temps change... et vous ?», deux réponses : «Le temps change, c'est vrai et c'est par notre faute.» Quant à nous, il est urgent que nous changions.