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31/12/2013

La tentation du risque limité

Longtemps réservée aux institutionnels, la gestion alternative est désormais accessible aux épargnants. Très efficace, elle leur promet des performances régulières. Un placement miracle ? A voir.

funds
Échaudés par la Bourse mais aussi déçus par les faibles rendements des placements traditionnels, les épargnants cherchent une troisième voie. La gestion alternative pourrait la leur offrir. Depuis longtemps prisée par les banques privées suisses, plébiscitée ces dernières années par les investisseurs institutionnels, cette gestion atypique était jusqu'à présent inaccessible aux particuliers. Mais ces derniers mois, tout a changé. De grandes banques (la Société générale, le Crédit du Nord, les Banques populaires, etc.), ou encore des assureurs comme les AGF ont commencé à la proposer dans leurs réseaux aux clients qui souhaitent diversifier leurs placements financiers.


Le concept est séduisant.

 

La gestion alternative a pour mission de rapporter plus que les sicav monétaires, davantage aussi que les obligations, de façon régulière et avec un risque limité. Beaucoup plus faible, par exemple, que celui d'un investissement en actions. Et c'est paradoxal, car sa réputation, bâtie au fil du temps sur ses performances, a aussi été ternie à plusieurs reprises par de retentissants scandales ! Cette gestion n'est en effet rien d'autre qu'un univers hétéroclite d'environ 8 000 hedge funds, ces fonds spéculatifs basés le plus souvent dans des paradis fiscaux, ou encore en Irlande ou au Luxembourg, là où les réglementations financières laissent aux gérants une grande liberté de manoeuvre. Trop grande justement dans certains cas. Une dizaine de ces hedge funds ont fait faillite ces dernières années, victimes de paris trop audacieux, ou simplement d'un gérant malhonnête. Certains souscripteurs y ont perdu la totalité de leur mise.


Les gérants alternatifs ne se contentent pas, en effet, comme les gestionnaires classiques, d'acheter des titres sur les marchés financiers dans l'espoir de les voir s'apprécier. Ils démultiplient leurs gains, et parfois aussi leurs pertes, en spéculant également à la baisse, par exemple en vendant des titres à découvert (c'est-à-dire en cédant des actifs qu'ils n'ont pas encore en portefeuille, et qu'ils comptent acheter plus tard, quand leurs prix auront chuté), ou encore en intervenant sur les marchés à terme. Un gérant peut ainsi acheter les actions auxquelles il croit, et vendre à découvert celles qu'il s'attend à voir baisser.


Le poids de la géopolitique


Si ses anticipations se révèlent justes, il gagnera sur les deux tableaux. «Grâce à ces techniques particulières, la gestion alternative est capable de dégager de la performance quelle que soit l'évolution des marchés, et donc même quand la Bourse baisse», résume Daniel Valverde, directeur du patrimoine et de la gestion d'actifs au Crédit du Nord. Et l'univers d'investissement est vaste, car tous les actifs financiers ou presque peuvent être gérés ainsi : actions, obligations, matières premières, devises.


Comment permettre aux épargnants de profiter des performances de la gestion alternative, tout en évitant qu'ils n'investissent sur des hedge funds «douteux» ? L'Autorité des marchés financiers (l'AMF) est le gendarme de la Bourse. Chargée de veiller aux intérêts des souscripteurs, elle a trouvé la solution : elle interdit de publicité en France les hedge funds, mais elle autorise certaines sociétés de gestion françaises, à commercialiser des fonds communs de placement investis sur plus d'une dizaine (souvent 15 à 30) de hedge funds différents, eux aussi triés sur le volet. Objectif : offrir aux épargnants un placement très diversifié, contrôlé et en principe sans grand danger. Il est moins risqué de souscrire ces fonds de gestion alternative que d'investir sur des valeurs technologiques ou même sur des actions en général.»


Alors voilà le placement miracle ?

 

Pas forcément. Car la gestion alternative a ses bonnes et ses mauvaises années. Et justement, ces derniers mois, elle a été pénalisée par la morosité et l'attentisme des marchés. «Les gérants alternatifs affichent de meilleures performances lorsque les marchés sont liquides, animés par des volumes importants, et que des tendances claires se dégagent. Il leur est plus difficile de prendre des paris, quand tout est perturbé par des incertitudes géopolitiques ou les craintes sur le prix du pétrole», constate Jean-François Vert. Dans ce contexte peu favorable, beaucoup de fonds alternatifs proposés aux épargnants peinent à faire mieux que les sicav monétaires, et progressent de 1,5% à 3% seulement depuis le début de l'année. Ce qui ne les empêche pas d'espérer gagner 5% à 7% par an en moyenne sur les cinq prochaines années.

16:58 Publié dans Economie | Tags : funds | Lien permanent | Commentaires (0)

votre argent en 2014

La reprise de l'économie mondiale va-t-elle faire long feu ?Le ralentissement serait même plus marqué au premier semestre 2014, en retombant à 2%, avant de redémarrer ensuite. Aux Etats-Unis, les substantielles réductions d'impôt décidées par l'administration OBAMA ont fait sentir tous leurs effets, mais ont atteint leurs limites en provoquant un déficit budgétaire considérable. L'autre grand pôle de croissance, la Chine, qui contribuait à galvaniser l'ensemble du Sud-Est asiatique, est appelé à modérer ses ardeurs, la surchauffe commençant à créer des distorsions fortes. Le Japon s'apprête à en supporter les conséquences, avec un rythme d'expansion ramené à 0,5% l'an prochain. L'Europe n'est guère mieux lotie. Le Vieux Continent se trouvait à la traîne. Il poursuivra sur sa lancée.


Les Français ont financé leurs achats par l'endettement, grâce aux taux particulièrement bas, et aussi en puisant dans leur épargne dont le taux est revenu de 18% à 15%. Ils donnent ainsi raison à la Bourse qui avait anticipé un certain refroidissement puisque les indices piétinent depuis des mois. Le Dow Jones et le Nasdaq sont en léger repli depuis le début de l'année, tandis qu'en Europe le rebond esquissé depuis la mi-août a permis aux indices de dégager quelques maigres points positifs par rapport à la fin de l'an dernier.


Le ralentissement est encore très modeste. Il se traduit déjà outre-Atlantique par une quasi-stagnation des ventes au détail, une hésitation de l'indice de confiance des consommateurs et une évolution décevante de l'emploi avec 96 000 postes créés en septembre contre 150 000 attendus. Même évolution en Allemagne où la conjoncture reste désespérément molle, avec un chômage en hausse. Ce manque de confiance dans l'activité s'explique largement par des causes qui ne sont pas d'ordre économique. Le terrorisme crée un climat peu propice aux affaires. Il augmente la prime de risque que les investisseurs sont prêts à payer sur les marchés. Il explique en partie l'envolée des prix du pétrole. L'or noir est aujourd'hui au centre des inquiétudes... Pendant des mois, on a refusé de voir le danger. On niait toute comparaison avec les situations antérieures - sous prétexte que son utilisation est proportionnellement moins importante que jadis -, tandis que les cours exprimés en dollars ont permis pendant quelque temps aux Européens, d'échapper à la pression sur les coûts générés par le renchérissement du pétrole. Aujourd'hui, il faut bien déchanter. Alors qu'on avait pronostiqué un nouvel affaissement du billet vert, celui-ci s'est stabilisé face à l'euro, qui évolue depuis le début de l'année entre 1,22 et 1,23 dollar, de sorte que l'évolution des cours du brut se répercute de plein fouet.
Les investisseurs boudent la Bourse


Cela dit, les gouvernements ne resteront pas inactifs. Déjà, on envisage une pause dans le relèvement des taux d'intérêt amorcé par les pays anglo-saxons depuis le début de l'année. La Réserve fédérale américaine, qui a procédé à trois majorations de son taux de base, passé de 1% à 1,75%, pourrait atteindre un palier de 2% en novembre et s'y maintenir. De même, la Banque d'Angleterre pourrait plafonner ses taux à 5%, tandis que la Banque centrale européenne resterait toujours à 2%. Car le danger inflationniste ne paraît pas pour l'instant revenir au premier plan. C'est en ce sens que les experts se refusent à parler d'un nouveau choc pétrolier.


La perspective de voir les taux d'intérêt rester à un niveau peu élevé paraît positive. Mais elle conduit, selon Patrick Artus, l'épargne mondiale à s'investir en liquidités. Au lieu de se diriger vers des investissements productifs, elle se réfugie dans des placements à court terme ou des titres publics pour financer l'endettement croissant des Etats. Les producteurs de pétrole y placent la manne supplémentaire de leurs revenus. D'une manière générale, les investisseurs manifestent une forte aversion pour le risque action en préférant les actifs liquides même si le rendement est faible. Les entreprises participent à cette nouvelle manière de voir en rachetant leurs propres titres,de sorte que depuis l'an 2009, il n'y a plus d'émissions nettes d'actions, tandis que les sociétés préfèrent accroître leurs dividendes.


La préférence pour la liquidité va demeurer. L'immobilier continue de manifester son dynamisme, en particulier en France, grâce aux mesures récentes en faveur des donations qui lui ont donné un nouveau coup de fouet, car elles permettent de financer un premier apport personnel pour les jeunes cherchant à se loger, mais le rattrapage des prix dans les zones les moins favorisées prouve que le mouvement de hausse des prix tend à s'essouffler. Les obligations sont toujours menacées par une remontée du loyer de l'argent à terme, même si cette éventualité reste différée pour l'instant. Les placements vedettes d'aujourd'hui montrent ainsi leurs limites. L'heure de L'or reviendra... l'or d'investissement aujourd’hui sera bientôt comme un choix prioritaire, peut-être parce qu'il n'y a aujourd'hui rien d'autre susceptible d'offrir le même potentiel.

16:51 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

Quand Paris rêve de finance internationale

Talonner la City de Londres; Les professionnels français l'envisagent. Mais cela suppose d'énormes changements fiscaux et réglementaires.
La place financière de Paris parviendra-t-elle un jour au niveau de la City de Londres ? Cette interrogation suscite l'amusement chez les Anglais, tant l'avance de la capitale britannique dans les métiers de la finance demeure patente. Mais elle agite néanmoins suffisamment les professionnels établis à Paris pour mériter d'y regarder de plus près. Par défaut, la place de Paris se mobilise en réalité pour un autre trophée : être durablement la première place financière d'Europe continentale, derrière la capitale britannique, certes, mais devant l'Allemagne, pourtant dotée de sa puissante base financière située à Francfort, où siège au demeurant la Banque centrale européenne. Les chiffres montrent que c'est déjà le cas. Mais il faudra batailler dur pour verrouiller cette position.


Au-delà des querelles d'ego in-contournables dans un domaine aussi sensible, les enjeux économiques et politiques sont de taille. Des centaines de milliers d'emplois sont concernés (l'Ile-de-France emploie déjà 150 000 personnes dans les métiers de la finance). La France joue en outre sa capacité à pérenniser des enseignements et des emplois de très hauts niveaux, des atouts majeurs dans la compétition mondiale. La finance, comme pilier du développement durable, pourquoi pas ? D'ailleurs, Bertrand Delanoë, le maire de Paris, s'est emparé du sujet en proposant le 30 septembre dernier, lors d'un colloque organisé par l'association Paris Europlace et par le Cercle des économistes, de faire de la capitale un gigantesque pôle de compétitivité.


Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Pour devenir réellement compétitive, la place financière de Paris doit surmonter les mêmes handicaps que ceux qui taraudent l'économie nationale. Bourse et économie : même combat. Il ne peut, en effet, y avoir de finance prospère sans économie prospère. Ce qui suppose d'agir dans deux directions : améliorer la compétitivité nationale et renforcer les atouts technologiques et réglementaires propres au fonctionnement de la place de Paris. Côté handicaps, la liste est connue, comme le souligne l'étude que viennent de publier Michel Didier (Cercle des économistes) et Michel Martinez (Rexecode). Citons-en trois :

- La fiscalité est jugée trop pénalisante du fait d'une assiette déséquilibrée et de taux d'imposition trop concentrés et trop élevés.


- La courbe démographique crée un fâcheux déséquilibre entre une offre d'épargne très abondante (proportionnelle au vieillissement de la population) et des opportunités d'investissements productifs insuffisants (en partie pour les mêmes raisons).

- Le déplacement du centre de gravité financier de la planète vers les Etats-Unis et surtout l'Asie, où se dessine la croissance de demain face à une Europe parvenue économiquement à maturité.


De sorte que, souligne cette étude, «Paris présente des faiblesses dans le domaine de la banque d'affaires, le marché des changes et l'analyse financière. Il y a environ deux fois plus de sociétés cotées à Londres qu'à Paris et 25% de plus à Paris qu'à Francfort». En contrepartie, «la place de Paris dispose également de domaines où elle est forte et a su se montrer dynamique et conquérante au cours des an-nées récentes». Et de citer la réussite de la société Euronext, société privée cotée en Bourse et dirigée par Jean-François Théodore, qui coiffe désormais les Bourses de Paris, d'Amsterdam, de Bruxelles et de Lisbonne, ainsi que le Liffe (marché des instruments à terme de la place de Londres, racheté fin 2001). A la fin 2003, Euronext représentait une capitalisation boursière de 1 358 milliards de dollars, loin derrière le New York Stock Exchange (Nyse : 11 329 milliards), à une grosse encablure de Londres (2 426 milliards), mais devant Francfort (1 079 milliards). Par métiers, Paris défend aussi ses positions, par exemple dans la gestion collective d'actifs (n° 1 européen) et la gestion de la dette des entreprises.


Pourquoi ces précisions ? La finance illustre à merveille le potentiel de croissance qui dort en France. Là où les acteurs de la finance internationale ont les coudées franches, où leur spécialisation est reconnue jusqu'à New York ou Tokyo, les équipes parisiennes remportent des médailles. Et ce n'est pas un hasard si la grande banque asiatique HSBC, qui a racheté récemment le CCF, a localisé dans la capitale française son centre de formation pour cadres à haut potentiel. Mais la lourdeur de l'environnement fiscal et réglementaire entretient l'évaporation des métiers et des talents. Au point que le risque existe que Paris, pourtant très motivé à devenir n° 1 européen - servi en cela par son appartenance à la zone euro, ce qui n'est pas (encore) le cas de Londres -, ne reste qu'une place de second rang dans la plupart des métiers. Au prix de déperditions d'emplois, de valeur ajoutée, voire de baisse du prix de l'immobilier irréparables. L'étude avertit : «Si l'Europe était appelée à ressembler de plus en plus à un espace national avec une même monnaie, une même législation, une même fiscalité, on devrait en toute logique assister à l'apparition de forces d'agglomération vers une place financière principale, sinon unique, rassemblant les activités et les formes financières européennes. Comme au XIXe siècle, dans chaque pays pourraient subsister des places financières secondaires, appelées à s'effacer dans le long terme, parmi lesquelles figurerait Paris. Il faut avoir à l'esprit ce scénario, car les forces d'agglomération sont déjà à l'oeuvre et tout terrain perdu est difficile à rattraper.» En clair, notre économie n'aurait pas les moyens d'ajouter à la perte de ses parts de marché commerciales un recul de ses compétences financières. Quand et les marchandises et l'argent se dérobent, il risque de ne plus rester grand-chose pour payer les fins de mois.

16:42 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)