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31/12/2013

La nostalgie Truffaut

Déjà. trente ans que François Truffaut est mort. Le cinéma français se sent bien seul. Truffaut était là pour le porter à bout de bras, faire comme s’il s’agissait de la chose la plus importante au monde et tout le monde le croyait. Il aimait les films, les livres et les femmes – on ignore si c’était dans cet ordre. Truffaut était comme un grand frère à qui on pouvait tout demander. Il vous apprenait à regarder les jambes des femmes (“ Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. ”), à réclamer la chambre 813 dans les hôtels en hommage à Maurice Leblanc, à tartiner les biscottes sans les casser (en mettre deux l’une sur l’autre), à embrasser les filles en allant chercher du vin à la cave.

Ses films ressemblaient à des romans qu’on aurait appris par cœur, cornés à force de les avoir lus et relus. Sans lui, du reste, personne n’aurait su qui était Henri-Pierre Roché, l’auteur de “ Jules et Jim ” et des “ Deux Anglaises et le Continent ”. Longtemps, les garçons de ma génération se sont pris pour Antoine Doinel. Nous en avions adopté les tics, la coiffure, cette façon qu’il avait de sans cesse remettre sa mèche en place.

Ça, nous étions tous amoureux de Claude Jade, avec son petit manteau à boutons dorés et ses escarpins vernis. Bien sûr, nous aurions eu envie de la tromper avec la divine, l’envoûtante Delphine Seyrig dans son tailleur Chanel. Ses répliques étaient devenues des mots de passe. Qui ne s’est pas amusé à répéter “ Fabienne Tabard, Fabienne Tabard ” à l’infini devant un miroir ?
Il y a plein de détails épatants chez lui : Jean Desailly qui allume toutes les lampes de la pièce parce que Françoise Dorléac vient de lui accorder un rendez-vous au téléphone ; le crissement des bas nylon que Claude Rich enregistre au magnétophone ; Jeanne Moreau mimant une locomotive avec la fumée de sa cigarette ; Jean-Pierre Léaud interrogeant tout le monde pour savoir si les femmes sont magiques. Ce sont des films de chevet. Ils ne nous aident pas à dormir, mais à rêver.

Chez Truffaut, le présent se met tout de suite à se transformer en passé et à créer de la nostalgie. L’amour est beaucoup plus qu’un sentiment – du bonheur en 24 images/seconde, de la tragédie sur nitrate d’argent.
Le nom de Truffaut évoque de la neige, des télégrammes, une maîtresse japonaise, la tour Eiffel, des chansons de Trenet. Les personnages de Truffaut n’appartiennent pas à la réalité. Ce sont des héros de film, des êtres de Celluloïd, des constructions personnelles. La vie n’est qu’un endroit où s’agiter entre deux séances de cinéma.

“ Moi, je voudrais qu’un film se regarde bouche bée ”, disait-il. La nôtre ne s’est pas refermée. Truffaut est mort un dimanche. Quand on pense que son dernier film s’appelait “ Vivement dimanche ! ”. Tu parles !
Nous n’avons encore jamais osé nous rendre sur sa tombe au cimetière Montmartre, avenue Berlioz, 27e division, 2e ligne, concession n° 77. Nous sommes bien tristes. Où est passée l’ardeur ? Où est passée la folie ? Qu’est devenue la tendresse ? Le ciel est de plus en plus sombre. Le restaurant où l’épouse trompée de “ la Peau douce ” tuait son mari n’existe plus.

Aujourd’hui, Truffaut ne reconnaîtrait plus la place Clichy, ce Paris de suie et de désobéissance où il avait grandi. Heureusement, il reste ses films, qui brillent dans le noir, comme la lumière verte à la fin de “ Gatsby le Magnifique ”. Ils vieillissent avec nous, ils nous accompagnent, ils nous tiennent chaud. Grâce à eux, nous avons l’impression de poursuivre une adolescence qui ne se terminerait jamais.

L'art contemporain : comment se faire passer pour un spécialiste de sans rien y connaître

Plutôt que de rejouer à cette occasion le vieux dialogue du prosélyte (de l'audace ! du nouveau ! du jeune !) et du détracteur (imposture ! n'importe quoi ! art officiel !), nous avons préféré nous glisser dans la peau d'un amateur de cet univers si particulier. Recommandations.

Surveiller son langage
On évite les affirmations péremptoires comme : «C'est le retour de la peinture», alors qu'elle n'est jamais partie, ou : «En France, il n'y a pas de collectionneurs», parce qu'il y en a de plus en plus, et qu'ils hésitent de moins en moins à se montrer. La Maison Rouge, espace d'un nouveau type ouvert cet été par Antoine de Galbert, leur est dédié (10, boulevard de la Bastille). Ou encore : «L'art contemporain est à la mode», parce que c'était vrai il y a cinq ans.

On ne nomme pas n'importe comment une oeuvre d'art contemporain. Plutôt qu'une peinture, une sculpture, une vidéo, une installation, on l'appellera sobrement une «pièce». Mieux vaut, en revanche, s'abstenir d'en parler comme d'un «travail», ce qui sent trop son anglicisme.

On ne prononce qu'avec prudence et parcimonie certains mots devenus bien malgré eux les lieux communs du discours sur l'art, entre autres : «pluridisciplinarité», «appropriation», «rhizome».
P. L.

Choisir son clan
Quatre tendances, six rendez-vous, quinze personnalités à suivre... en art comme ailleurs, tout est question d'organisation.

Méditatif : on aime James Turrell, dont on guette les interventions lumineuses sur le bâtiment de la Caisse des dépôts et consignations à Paris ou sur le nouveau site de PSA à Vélizy, en rêvant d'explorer son volcan en Arizona.

Dandy : on aime Gilbert and George, leurs costumes, leurs mises en scène d'eux-mêmes ; leur anticonformisme tongue in cheek ; on les retrouve à la Fiac le 21 octobre à 15 heures en rêvant d'être invité à prendre le thé chez eux à Londres.

Exalté : on aime Anselm Kiefer, ses oeuvres wagnériennes colossales et tourmentées, qu'on retrouve à la Fiac sur les stands d'Yvon Lambert et de Thaddaeus Ropac, en espérant visiter sa maison-bunker dans le sud de la France.

Systématique : on aime Bernd et Hilla Becher, leurs images de bâtiments industriels qui exercent sur la photographie contemporaine une influence inégalée. On les découvre au Centre Pompidou et au Jeu de Paume.

Qui fait quoi ?
Les influents : Philippe Ségalot, l'homme dont le métier est de voir les meilleures pièces avant les autres ; il achète et vend pour les plus grands. Hans-Ulrich Obrist, celui par qui il faut être découvert ou redécouvert : il est la «tête chercheuse» des meilleurs musées du monde. Samuel Keller, le patron des Foires de Bâle et de Miami : c'est lui qui envoie aux invités de ces deux événements leur fameux VIP Pass. Philippe Vergne, le jeune responsable français de l'art contemporain au Walker Art Center de Minneapolis : il prendra l'an prochain la direction de la très attendue Fondation de François Pinault.

Les artistes français qui comptent : Annette Messager, qui sera la première femme à représenter la France à la Biennale de Venise l'été prochain. Bertrand Lavier, l'intelligence la plus acérée de la scène artistique française. Xavier Veilhan, qui investit le Forum du Centre Pompidou, et dont on attend les projets de sculptures à Bordeaux, Lyon, Tours... Bruno Peinado, en pleine ascension après le succès de son exposition au Palais de Tokyo et de sa présence à la Biennale de São Paulo.

Vous ne pouvez pas ne pas les connaître : ce sont les superstars internationales de l'art contemporain : le peintre allemand Gerhard Richter ; les Américains Jeff Koons et Cindy Sherman ; l'Anglais Damian Hirst ; l'Italien Maurizio Cattelan.

Vous pouvez encore être l'un des premiers à prononcer leur nom : les jeunes artistes Jeppe Hein (une flamme qui grandit au fur et à mesure que le spectateur s'en approche) ou Tino Seghal (deux danseurs interprètent une chorégraphie qui retrace les plus grands baisers de la sculpture, de Rodin à Koons) sont parmi les plus prometteurs du moment.

La Fiac au pas de course !
L'art est long et le temps est court : on va à l'essentiel. Mais tous les détours sont permis, et même recommandés.

Pour une visite rapide, commencer par passer au stand de Air de Paris, une des galeries françaises les plus «crédibles» au plan international, pour son impeccable choix d'artistes, la personnalité et les réseaux de ses animateurs, Florence Bonnefous et Edouard Mérino.


Sur le stand de la Galerie 1900-2000, se plonger dans le cabinet de curiosité des Fleiss père et fils : introuvables surréalistes, photos vintage, c'est le record du plus grand nombre d'oeuvres au mètre carré.

Se réjouir, chez Marian Goodman que la grande galeriste américaine soit devenue l'un des promoteurs les plus efficaces des artistes français, comme Daniel Buren, Annette Messager ou Pierre Huyghe.

Donner rendez-vous à la jet-set internationale chez Thaddaeus Ropac, qui draine, entre Paris et Salzbourg, collectionneurs américains et stars du show-biz. Disputer, sur le stand de Kréo, une pièce numérotée de Martin Szekely ou Marc Newson aux collectionneurs de mobilier contemporain que sont déjà Azzedine Alaïa, Marin Karmitz ou Karl Lagerfeld.


Se montrer attentif aux propositions de Grégoire Maisonneuve, le jeune marchand qui monte, pour pouvoir dire, dans quelques années, qu'on le soutient depuis le début.

Sortir des musées
Boutiques, librairies, cafés et autres lieux inattendus : idées pour mélanger l'art et la vie.

Quelques sensations contemporaines à éprouver sans mettre le pied dans un musée :
Ecouter, l'air de rien, conversations et tractations entre galeristes et collectionneurs en buvant un verre au comptoir de L'Audierne, 22, rue Louise-Weiss (la rue de l'art contemporain à Paris).

Essayer un costume chez Dior Hommes, 25, rue Royale (la cabine est une oeuvre de l'artiste Ann Veronica Janssens), une robe chez Balenciaga, 10, avenue George-V (oeuvre de Dominique Gonzales-Foerster) ou une veste chez Helmut Lang, 219, rue Saint-Honoré (oeuvres de Louise Bourgeois, Jenny Holzer).

Porter un sac Longchamp réalisé par l'artiste anglaise Tracy Emin.

Faire un voeu sous les étoiles au lac de Vassivière en regardant scintiller les «graines de lumières» disséminées dans les arbres par l'artiste Eric Samakh.